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Dans son intervention du 19 juin 2010 à Paris
Dominique de Villepin à propos des harkis : « c’est de reconnaissance qu’il s’agit, il faut regarder notre passé en face »

villepinNous publions ci-dessous des extraits du discours de Dominique de Villepin, prononcé à la Halle Freyssinet, à Paris, le 19 juin 2010 :

 

« (...) Quand la France se renie, ce n’est pas la France (...) Avant tout, faisons tous ensemble le choix de la réconciliation (...) Pour réconcilier les Français entre eux, nous devons réconcilier aussi les mémoires.

   

Mémoires d’immigrés, de pieds-noirs, d’anciens-combattants, de harkis. Mémoires blessées, à vif, prêtes à s’enflammer à nouveau à la moindre occasion. Mémoires de l’esclavage. Nous ne pouvons plus continuer à vivre dans le silence, comme chargés d’un secret de famille qui nous ronge. On voudrait sommer la France de choisir entre son honneur et la repentance, mais c’est un faux choix. C’est de reconnaissance qu’il s’agit.

 

Il faut regarder notre passé en face si l’on veut se tourner vers l‘avenir et vers le monde.

 

Jacques CHIRAC a su le faire avec courage dans le discours du Vel d’Hiv vis-à-vis des Juifs de France. Il a su le faire avec la commémoration de l’esclavage. Et c’est ce qu’il a tenté de faire encore en proposant le traité d’amitié avec l’Algérie. J’étais avec lui à Oran et à Alger et j’ai pu mesurer alors combien l’attente de nos deux peuples était grande.

 

Nous devons le faire vis-à-vis de notre histoire coloniale, et chaque fois que nous avons manqué aux valeurs et aux principes mêmes qui étaient les nôtres.

 

La reconnaissance oui, celle du respect, celle de l’égalité, celle de la dignité, sachant que les principes et les messages de la France ne se sont pas éteints parce que toujours, des Français se sont levés pour les faire entendre.

 

Et n’oublions pas, parmi les enfants de notre pays, les fils et petit-fils d’immigrés. On voudrait qu’ils renoncent à une partie d’eux-mêmes, comme expulsés de leur propre vie. Mais ce serait réduire leur identité, alors qu’ils peuvent être fiers de ces histoires, de cette histoire qu’ils portent en eux. Là encore, c’est d’abord de reconnaissance qu’il s’agit. Reconnaissance de leur existence et du lien si personnel qui les attache à la France.

 

Alors ouvrons nos mémoires, car les mémoires de la France sont les mémoires du monde entier.

 

Notre mémoire ne se résume pas à nos ancêtres les Gaulois. Quelle que soit la durée de notre histoire commune, nous sommes liés par les mêmes valeurs et le même destin qui a fait de nous par l’humanisme, les Lumières, la Révolution et la République un pionnier du monde libre.

 

Un quart des Français ont un de leurs grands-parents né à l’étranger. Dans nos mémoires, il y a aussi le souvenir d’Abd el Kader, de Massinissa, de l’empire du Mali ; il y a Toussaint Louverture ; il y a Félix Eboué, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.

 

Et souvenons-nous que parmi les combattants de la France Libre qui firent le sacrifice de leur vie, la moitié étaient venus du Maghreb et d’Afrique, beaucoup étaient venus d’ailleurs, d’Europe et du monde.

 

Notre unité est faite de mots, de gestes, de célébrations qui fondent notre vie ensemble et notre espoir pour demain. Je n’ai pas oublié la victoire de 1998, lors de la coupe du monde de football, car elle nous disait quelque chose sur la France, elle faisait ressentir ce que c’est que d’être Français.

 Choisir ensemble la réconciliation, c’est vouloir la République. Qui ne voit aujourd’hui que nos principes sont bafoués ? (...) La dignité recule (...), quand la menace et l’insulte s’installent au cœur du pouvoir(...)».

  

 Informations complémentaires :  

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